La bisexualité existe. Ensemble, défendons-la !

Aimant les hommes, aimant les femmes ? (Témoignage du chanteur Jann Halexander)

Il eut une enfance morose, des souvenirs d’enfant gâté, un peu de neige, un peu de rose, de l’enfance il s’est acquitté. L’adolescence fut difficile, on le prenait pour un débile, aimant les hommes, aimant les femmes, ayant des caprices de vieille dame ?

Ces quelques vers sont extraits de ma chanson Le Mulâtre (2005). Cette chanson c’est ma carte d’identité. Que je déplie à cappella sur scène. J’annonce la couleur. 2005, c’était il y a pas si longtemps. Et pourtant c’est fou comme les choses n’ont cessé de muter depuis cette année-là. Maintenant, il est de plus en plus courant de voir des artistes, des politiques, des sportifs assumer publiquement leur orientation sexuelle. Lorsque j’ai débuté en 2003, nous étions peu nombreux à le faire, dans le monde étroit de la Chanson/Variété. Que cela nous ait porté et nous porte encore préjudice, à moi, comme à mes pairs (Nicolas Bacchus, Bruno Bisaro, D’Geyrald d’un tout autre genre, ou pour les générations précédentes, Jean Guidoni, peut-être Juliette ?), cela est fort probable, mais là n’est pas la question. Il y a dans le parcours d’un artiste tellement d’éléments qui entrent en compte que ce serait idiot de dire : ma couleur de peau ou mon orientation sexuelle ou je ne sais quoi d’autre m’ont empêché d’avancer. C’est aussi cette franchise, cette façon d’annoncer la couleur qui permet de tracer sa route, d’avoir un public fidèle et de franchir les années’

Ce qui est important, c’est cela : l’avoir dit, assumé, chanté, écrit, sans forcément en faire tout un plat, mais le faire, ne serait-ce que pour ceux et celles qui se sentent bloqués, qui n’y arrivent pas, se sentent freinés, ne serait-ce que par empathie pour ceux et celles qui dans certains pays, étouffent dans le silence, le non-dit, la peur des lois répressives. Leur dire : voyez, nous sommes là pour vous. Les messages touchants de Gabonais, de Camerounais, de Guadeloupéens, de Marocains qui me remerciaient de le faire, je ne peux pas les oublier. Dans l’absolu, je ne sers pas à grand-chose. On vit, on meurt, et basta, nous ne sommes pas si uniques que nous le pensons, nous ne sommes pas irremplaçables. Mais de temps à autre, nous sommes aidés dans nos vies par d’autres personnes, c’est un petit plus. Parfois NOUS aidons d’autres personnes.

Le dire, ce n’est pas céder aux sirènes du « communautarisme ». Je chante pour tout le monde. Et rester dans le silence peut tout aussi être mortel. Au sens strict du terme, pas allégorique. Je n’ai jamais caché avoir connu des hommes, des femmes, aimé les deux. Je n’ai pas tenu à donner davantage d’éléments privés, car une fois ces choses vaguement dites, je ne vois pas l’intérêt d’aller plus loin. Je connais l’adage : « oui mais quand on a une image publique, on doit savoir que »et bien non. Ma vie est brouillon, un mélange de quotidien, de concerts, de disques, etc, de soucis, de joies, de peines de tout genre, sur certains points je ne me distingue pas du reste de la société. Rien n’est simple et en même temps, comme le disait Jacques Brel, rien n’a d’importance. A ce titre, je ne suis pas tenu de dire tout ce qui m’arrive au jour le jour, sous prétexte que je serais un personnage « public ».

Le fait de ne pas être hétérosexuel en soi n’est pas admirable. Ce n’est ni une qualité, ni un défaut, à mes yeux. Ce n’est pas un motif de fierté. Pas plus que le fait d’être hétérosexuel. Les orientations sexuelles sont. Un point, un trait. On s’arrange avec. Elles peuvent sans aucun doute évoluer, je n’ai pas de théorie là-dessus. Simplement je n’aurais pas été tranquille de jouer le contraire de ce que je suis, de louvoyer, de faire des pirouettes. Peut-être que le fait d’avoir une « identité » si complexe, si caméléon (bisexuel, métis, myope, artiste saltimbanque et qui sait, un jour viendra où je serais en plus unijambiste converti au judaïsme) m’a rendu plus sensible à certaines choses, m’a permis sans doute de comprendre, ou du moins d’essayer de comprendre certaines failles chez les autres, des blessures, des angoisses (peu importe que ces autres soient hétéros, homos, bis, que sais-je) mais là encore c’est une supposition, je n’en sais fichtrement rien.

Ce que je sais, c’est que le jour où je suis rentré au Centre LGBT, à l’époque rue Keller, il y a plus de dix ans, pour rencontrer d’autres bisexuel-les, ce jour-là, j’ai ressenti une immense joie, celle de se sentir moins seul, de respirer plus facilement et d’avoir davantage de force pour avancer dans la Vie, qui n’est aisée pour personne, sauf pour les Morts.

Jann Halexander

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