La bisexualité existe. Ensemble, défendons-la !

Bi’Cause News n°6 – printemps 1999

Sommaire :

Articles :

  • Editorial
  • Fonds bicausien Mariage, Pacs, concubinage et autres unions… (par Clô)
  • On y était… Les mésaventuriers de la marche perdue (par Patrick)
  • Atelier d’écriture: Cris et ratures (par Jérôme)
  • Z’art bi

Témoignages :

  • D’un coup de langue (le péril catho) (Laurenti)
  • La vie de couple selon Sacha
  • Intimité (Rachel)
  • 1,2,3 nous irons au bois (Yves)

Editorial – Par Catherine Deschamps

PACS/Outing, deux débats de société, une revendication et une réaction, deux mobiles à la fois liés et paradoxaux. Le PACS, au départ, c’est la demande de droits égaux. Au départ seulement. C’est une façon de dire « nous sommes comme les autres » : une démarche quasi intégrationiste, presque timide. Le Outing signifie les limites de l’hypocrisie. A l’inverse du PACS, il montre que les pédés et les gouines détiennent un pouvoir, un pouvoir spécifique.

Mais quand un député de droite défile aux côtés de Christine Boutin contre le PACS, quand ce député cache son homosexualité derrière une hétérosexualité de façade en acceptant des slogans évidemment homophobes tels que « les pédés, au bûcher », alors pour ou contre le PACS, là n’est pas la question et ce n’est pas son opposition au PACS qui est reprochée au député nous gouines, bi, trans, pédés, serions bien cons de ne pas réagir… Et bien ingrats de condamner en bloc Act-Up pour avoir voulu « outer » ce politicien. Le député n’avait pas de scrupule à créditer les discours homophobes de sa présence, pourquoi en aurions-nous à dire son homosexualité ? De sa part, il y a insultes. De la nôtre, non : que je sache, la bisexualité, l’homosexualité, ne sont pas des tares ! Et dire sa sexualité ne serait pas l’insulter, juste le mettre face à ses contradictions !

Quelles que soient les positions de chacun sur le Outing (à Bi’Cause, elles sont multiples), je remercie Act-Up pour avoir ré-ouvert le débat… et je m’étonne du statut de la sacro-sainte protection de la vie privée en France. N’y a t-il pas un paradoxe pour nous, bi, pédés, trans, gouines, à fonder d’un côté nos politiques sur notre cul et notre droit à l’utiliser comme bon nous semble, et à s’inquiéter, de l’autre, que l’on ose invoquer les pratiques sexuelles d’un personnage public ? Deux poids deux mesures sans doute! Mais la vie privée ne serait-elle plus aussi politique ?

 


Fonds bicausiens : mariage, pacs, concubinage et autres unions – Par Clô

Les tensions affectant l’institution du mariage traduisent un compromis entre notre nature biologique et notre nature sociale. En effet, nous ne dépendons pas de l’une ou de l’autre mais des deux. L’homme « comme la femme » est un animal bio social, subissant la double influence de son patrimoine génétique et de la société. On voit trop souvent les biologistes oublier l’importance des impératifs et des conditionnements sociaux, et les sociologues avoir tendance à ignorer l’importance de notre héritage génétique.

Notre comportement se trouve sous l’emprise des deux facteurs : les habitudes sociales modifient l’expression de nos pulsions biologiques, tandis que des schèmes de comportements déterminés par nos chromosomes peuvent battre en brèche des sociales qui n’ont pas su s’adapter à leurs exigences.

L’institution du mariage est-elle à l’agonie ? Il y a des générations qu’on annonce sa disparition et les partisans de l’union libre l’ont déjà enterrée. Si l’institution paraît tenir le coup, reste un fait: on divorce de plus en plus ! « Et ils vécurent heureux… », à en croire les sociologues 10% des unions tiennent cette promesse. Quant aux autres, les experts les divisent en trois groupes, représentant plus ou moins les différents types de problèmes:

  • Il y a d’abord l’union « conflictuelle », sorte de scène de ménage perpétuelle, mais qui ne finit pas forcément par une séparation ; certains trouvent stimulante cette atmosphère dramatique et orageuse.
  • Deuxième cas, l’union « dévitalisée » : on s’ennuie ensemble, voire on est indifférent, mais on trouve qu’après tout ce n’est pas si mal et on reste ensemble.
  • Enfin, le type « ronronnant » où les liens sont assez lâches, mais on mène une vie confortable, on se partage les responsabilités en gens civilisés…

Ces trois groupes constituent la catégorie dite INSTITUTIONNELLE. Quant à la minorité des unions de type compagnonnage, elle comprend les « dynamiques » (chacun s’intéresse et participe à tous les aspects de la vie de l’autre) et les « unions totales », sorte de fusion où l’on est pris l’un par l’autre et le monde extérieur n’existe plus. Mais alors comment créer une union durable, équilibrée, ni trop « plan-plan », ni trop coincée, ni trop fusionnelle ? La formule magique n’a pas encore été trouvée, mais selon les psychosociologues, de tout ce qui fait une relation affective réussie, la COMMUNICATION semble le facteur le plus important.

En revanche, il n’est pas obligatoire, que les choses considérées comme importantes dans la vie soient les mêmes. L’essentiel est de pouvoir parler et respecter les valeurs de l’autre. Le principe d’équité devrait nous servir de règle de conduite: pour recevoir un renforcement positif, il faut le payer de retour ; cet « égoïsme éclairé » peut considérablement améliorer nos chances de vivre heureux dans une relation affective durable.


On y était : les mésaventuriers de la marche perdue – Par Patrick

Première randonnée de l’avant-dernière année de ce millénaire. Que de courageuses prêtes à affronter le mois de février dans toute sa rigueur, en effet, pas ou peu de garçons volontaires pour aller marcher dans la vallée de Chevreuse en ce samedi 20. Nous étions bien une grosse dizaine à nous réjouir d’avance de la beauté des paysages que nous allions immanquablement traverser et aussi de ce morceau de temps où l’amitié et la complicité seraient de mise. Donc, la veille de cette fabuleuse randonnée nous étions vingt et cent.

Et puis vint le moment télévisuel tant attendu de tous, la météo animée par Laurent Cabrol. Là, c’est la cata : il va pleuvoir à grands seaux sur St-Rémy-lès-Chevreuse. Ce qui devait arriver arriva, dès l’aube de ce jour tant attendu (par moi-même) cette invention quasi diabolique qu’est le téléphone sonne sans arrêt pour m’annoncer des retraites stratégiques.

Me voilà tout de même à 10h30 à Saint-Rémy-lès-Chevreuse seul avec Julie la seule rescapée du bulletin météo et là, commence la marche « sacrée » vers l’Abbaye de Cernay. Le miracle se produit, il ne pleut pas et de plus nous avons droit, nous autres pauvres marcheurs, à un rayon de soleil lorsque nous nous arrêtons, pour déjeuner, en face de ces ruines surgies subitement de l’amas de verdure (enfin pas encore si vert que ça). Nous devisons puis reprenons notre chemin à travers les pins. Ha, que les absents ont eu tort ! Ha, les courageuses que voilà (je ne parle pas des garçons, qui sur ce coup là étaient inexistants)! Bon c’est promis je la referai cette rando et malheur à Laurent Cabrol s’il m’annonce grêle, pluie ou je ne sais quoi encore.

 


Atelier d’écriture : cris et ratures – Par Jérôme

Principes de base.

La raison d’être d’un atelier d’écriture, c’est de stimuler la relation personnelle à l’écriture dans le sens du partage et du respect d’autrui, en levant les blocages et en développant la confiance en soi. Cet atelier est gratuit et est ouvert à tous sans distinction d’âge, de couleur de crayon, d’horizon culturel, le seul critère étant une attirance et un désir pour l’écriture (ou, très accessoirement, pour son animateur). Au delà du déblocage de l’écriture et de l’imaginaire, l’atelier d’écriture reprendra à son compte les objectifs de Bi’Cause dont il est partie prenante. Que ce soit en abordant progressivement des thèmes de recherche sur la bisexualité, ou par une stratégie de détour par d’autre thèmes, les écrits pourront alimenter ou enrichir les autres activités de Bi’Cause. Dans un principe autogestionnaire, chacun pourra se trouver en situation d’animer et d’enrichir l’atelier selon son initiative, avec le soutien de votre serviteur.

Mise en pratique.

Les ateliers ont lieu une fois par mois au sous sol du restaurant « le 48″ au 48, rue Condorcet, à Paris (of course!). Afin de permettre un meilleur respect de l’activité mise en place, un temps de rencontre et de repas informel et libre précède l’atelier de 19h30 à 20h30, en fonction de la capacité d’accueil du lieu. Les ateliers sont des lieux où l’exploration de thème multiples est prétexte à se lancer dans l’aventure de l’écriture. Véritables têtes chercheuses, les membres de ces ateliers pourront y aborder l’écriture dans un esprit ludique, à travers des jeux et des exercices, pour mieux retrouver la jouissance de l’écrit. Dans ce cadre, les textes écrits seront mis en commun par une lecture mutuelle des textes. Pour permettre d’approfondir ou de prolonger certaines explorations et de leur donner un aboutissement personnel plus satisfaisant ou permettre un travail de groupe particulier, des ateliers à thèmes sur plusieurs séances seront mis en place à la demande des participants. Ces ateliers demandent un engagement plus important mais limité dans le temps afin d’en assurer la solidité.

L’animation.

  • Il y a au départ une structure d’un animateur dont le rôle est:
    d’assurer l’animation des ateliers, notamment en tenant prêtes des activités pour les ateliers libres,
  • d’encourager et de soutenir l’initiative des participants pour leurs propres projets d’animation.

Dans cet état d’esprit tout participant est un co-animateur potentiel dans un esprit autogestionnaire.

Production.

Dans le cadre des ateliers libres, chacun reste propriétaire et responsable de son texte, mais l’atelier les accueille avec plaisir (dactylographiés ou manuscrits en noir et au propre) dans l’éventualité de les publier ou de les exposer en fonction des possibilités et des contacts pris par ailleurs avec des partenaires. D’autre part, une organisation pourra être mis au point entre ses membres pour ce qui concerne la frappe des textes pour toute utilisation ultérieure…

 


Z’art bi : lecture « Les parents de même sexe » de E. Dubreuil, éd. Odile Jacob, 328 pages, avril 1998. – Par Clô

Ce recueil de témoignages nous relate différents parcours, parfois douloureux, de couples homosexuels ayant le désir d’être parents.

Depuis le passage par une vie hétéro « classique », une rencontre programmée en vue de procréer, en passant par un donneur connu ou anonyme de sperme, par des inséminations artificielles, des mères « porteuses » jusqu’à l’adoption par un des membres du couple, ce livre nous fait partager les espoirs et les angoisses de ces couples si désireux d’avoir des enfants.

La parentalité est envisagée, ainsi que la co-parentalité, séparément de la sexualité, comme deux pulsions différentes. Alors que trop d’enfants sont créés au hasard et élevés dans l’à-peu-près, les enfants de couples homosexuels sont désirés, longuement espérés, aimés et rien de leur histoire ne leur est caché.

Les méandres et résistances de l’administration rétrograde imposent à la Société des modèles « judéo chrétiens » (sic) qui ne peuvent plus prévaloir comme unique référence en cette fin de 20ème siècle. Notre vieux monde puritain va devoir adapter ses lois à une société qui change. Certains pays d’Europe ont déjà quelques longueurs d’avance quant aux possibilités d’insémination artificielle et d’adoption, espérons pour bientôt une extension à toute la C.E.E…

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