La bisexualité existe. Ensemble, défendons-la !

Bi’Causerie – Bisexualité et vie de famille : vivre avec un bi

Compte rendu de la bi’causerie du 26/02/2001 Bisexualité et vie de famille : vivre avec un bi

 

L’abstinence bisexuelle (ne pas passer à l’acte avec l’un des deux sexes) dans le cadre du couple engendre la frustration, la culpabilité, le sentiment d’un sacrifice (« J’aime l’autre, je ne peux pas lui infliger ça ») et l’impression de ne pas vivre en entier, de se nier soi-même.
Mais se restreindre n’est pas forcément une solution : l’autre peut deviner ce mal-être.
Prendre conscience de sa bisexualité aide à mieux la vivre.

Des couples homme-femme ont témoigné lors de cette Bi’Causerie. D’une façon générale, il semble que dire sa bisexualité à l’autre aide le/la bi, dans le cas de ces couples.
En effet, la bisexualité n’est pas seulement une pratique mais aussi une identité : la plupart des gens souffrent de ne pas être connus en entier de celui/celle qu’ils aiment.
Un avis contradictoire s’est tout de même fait entendre au cours de la discussion : pour certains, cette bisexualité est le problème de l’autre, qui doit se faire à cette idée (cet avis émanait de personnes vivant leur attirance homosexuelle dans un but uniquement sexuel).
Certains se sont sentis beaucoup mieux lorsqu’il s ont pris conscience de leur bisexualité et qu’ils l’ont dite à leur partenaire. Ils ne ressentent plus alors le besoin de vivre leurs attirances extérieures.
D’autres conservent après l’ « aveu » le besoin d’assouvir leurs désirs.

Tous ne vivent pas cela de la même façon : on prend conscience plus ou moins tôt de ses attirances, alors qu’on n’est pas encore en couple ou alors qu’on a déjà fondé une famille et établi à deux un contrat moral sans notion de bisexualité.
Quand il fait faire des « avenants » au contrat, il faut être extrêmement solide dans son couple, et il y a beaucoup de douleur.

Fidélité :
La question de la fidélité se pose de la même façon pour les homos, les hétéros, les bis. Cependant, quand on est bi, on peut estimer avoir besoin des deux genres. Aux yeux de certains, cette affirmation joue le rôle d’un bon alibi, un bon prétexte.
Plusieurs personnes trouvent assez rassurant de savoir que celui/celle qu’elles aiment ne cherchent pas une relation avec une personne du même sexe qu’elles : il n’y a pas compétition.
En revanche, on peut se sentir malheureux de voir qu’on ne peut pas suffire à son/sa partenaire. Certains répondent à cette affirmation qu?elle témoigne d’un certain orgueil et qu’il faut s’accepter tel qu’on est ; d’autres qu’elle traduit simplement des impressions viscérales, difficiles à maîtriser par la raison.
Certains peuvent dire à leur partenaire : « Ne t’inquiète pas, avec X c’est seulement physique ». Mais d’autres ne peuvent pas dire une chose pareille : ils ne sont pas si sûrs de ne pas tomber amoureux du tiers.
Dans la vie d’un couple, on sait distinguer l’essentiel de l’événementiel. A chaque étape de la vie commune, on peut voir où l’on en est par rapport à ça. Or les rencontres extérieures peuvent-elles influer sur cette perception de la relation ? Il semble plutôt que les changements viennent avant tout des deux personnes impliquées.

Présenter le tiers à son/sa partenaire :

Certains trouvent cela inconcevable dans leur cas (ils se sentent incapables d’infliger cela à la personne qui partage leur vie, ou se sentent incapables de supporter de rencontrer l’amant ou la maîtresse de celui/celle qu’ils aiment).
Mais de fait, le fantasme est parfois beaucoup plus douloureux que la réalité et rencontrer le tiers peut aider à remettre la situation en perspective, à prendre du recul.
Cela peut aller jusqu’à la vie commune à trois.

Les situations sont multiples et vécues très diversement.
Quoi qu’il en soit, il est préférable de faire le point sur tout ce qui concerne la jalousie lorsque l’on commence à vivre en couple, et d’essayer de se connaître soi-même le mieux possible, savoir ce que l’on peut accepter et ce que l’on souhaite.
Lorsque l’on est « le » (ou « la ») bi du couple, il ne faut pas oublier que l’on ne peut donner que si l’on est plein soi-même. La souffrance, la culpabilité, la frustration ne sont pas des dons à faire à l’autre, le sacrifice est beau mais il faut bien savoir si on est capable de le faire sans remords/regrets. Autrement, la souffrance s’installera dans le couple aussi sûrement que si la jalousie est mal vécue.
Bref, il faut savoir ce que l’on veut.
Mais encore plus important: il faut protéger les autres, dans tous les sens du terme.

 

 


**Réaction de Charlotte, le 8 mars 2001

Je réagis à votre causerie sur le couple, discussion à laquelle j’aurais bien aimé participer (je suis à Montpellier) car c’est un sujet qui me passionne. Je peux partir de mon expérience personnelle, en me disant qu’il ne faut établir aucune généralité et que chacun, selon le degré de son développement, son passé, ses aspirations, bref son être, fait selon ! Tenter de définir, au terme d’un échange d’expériences et de points de vue une « morale bi du couple  » me paraît dangereux et inutile (je ne pense pas que ce fut votre but, simplement je tâche de prévenir une dérive possible) : il y a assez de morale diffuse ! L’espace différent, et à mon sens, riche, divers, que crée l' »état bisexuel » d’un des deux partenaires du couple ou des deux membres du couple peut être justement l’occasion d’expériences de dépassements et de réelle ouverture, un travail sur soi intéressant et pas uniquement une série de problèmes insolubles ou de situations bloquées. Tout dépend, selon moi, de la réflexion que l’on va mener sur soi même, ce que l’on apporte à l’autre et ce que l’on renonce à lui apporter au « risque » (le risque peut très bien se changer en générosité, en ouverture) de laisser toute sa liberté d’action à l’autre… Pour moi la jalousie dans le couple (et en particulier quand elle gêne, accable, fait souffrir) peut se dépasser, si on en a envie, évidemment. N’est-elle pas souvent le signe d’un manque, soit de confiance en soi, soit d’amour de soi: quand on s’aime assez, on n’a pas peur de perdre l’autre à tout propos, en toute occasion, on sait, si l’amour est profond évidemment, qu’il ou elle peut continuer à vous aimer en dépit de ses pulsions vécues ou même de ses amours et aventures  » en dehors ». Le trio, même passager, peut être une superbe expérience amoureuse et érotique où l’on réalise pleinement qu’on a le DROIT d’aimer, le droit d’éprouver des sentiments variés, pour telle ou telle personne et que ces élans ne compromettent pas forcément le couple ! On peut même les faire partager, c’est merveilleux, ou garder un jardin secret: tout dépend étroitement de savoir où l’on place sa confiance, qu’est ce que l’on entend par AIMER, est- ce posséder l’autre, en faire sa chose, son être, sa propriété, ou est-ce l’aimer pour l’aimer, parce qu’on l’aime, dans le respect de ses fantasmes et de sa créativité ? La jalousie est certes naturelle, mais elle est aussi culturelle: on nous a appris qu’elle était la preuve d’amour absolu irréfutable! Toute notre littérature est traversée de cette peur de perdre l’autre, de ces drames, sans lesquels le « vrai amour » semble ne plus exister ! Personnellement, je ne crois pas que la jalousie inhibitrice soit une preuve d’amour, bien au contraire, pour moi aimer l’autre c’est aussi se respecter soi même , avoir envie de se dépasser un peu, d’élargir, d’enrichir le lien, de le poétiser, de le rendre vivant et stimulant… d’aller au devant de soi même, de ses facettes, et pas toujours au devant de l’autre, à son corps défendant… le culpabilser d’aimer aussi ailleurs: il faute, il trahit, il ne m’aime plus, pas en fait, il a un double jeu, etc… le catalogue des horreurs.

Je suis mariée depuis 92 avec un homme qui me respecte dans mes choix, mes élans d’amour et pas seulement de sexe (on dévalorise l’érotisme en permanence), et que je respecte aussi. Cela n’a pas été simple au début et on a beaucoup appris ensemble, en vivant des aventures et en dépassant certaines peurs, peur de perdre, peur d’aimer surtout, peur de « soi différent », peur de l’apport de quelque tiers, peur, toujours cette peur!

Alors je veux bien convenir qu’il faille « protéger l’autre » : contre quoi, que voulez vous dire par « protéger l’autre » ? Si c’est contre le sida, les maladies sexuellement transmissibles(*), je suis d’accord avec vous. Si c’est le protéger contre l’amour et sa richesse, ses aventures, sa poésie, le dépassement de soi et la générosité qu’il demande quand il est beau, léger et profond, alors non. Protéger en infantilisant, non merci. Assez de morale, la bisexualité est pour moi l’espace d’une nouvelle approche amoureuse, une nouvelle ère érotique qui s’ouvre à nous, une ère de possibles, de diversité, de dépassement des vieilles terreurs, une ère de bonheur… J’aime ma vie, j’aime aimer, donner, recevoir, non je ne m’éparpille pas forcément, non je ne fais pas souffrir, non je n’ignore pas les joies et les bonnes vibrations tranquilles du couple uni… simplement je jouis d’être en vie, entière, amante, aimée par un homme ou plusieurs, par une ou plusieurs femmes. Je jouis de les aimer, de pouvoir ma vie durant en aimer d’autres et les aimer, eux, longtemps, aussi longtemps que possible. Et les enfants dans tout ce mic mac amoureux, me diront certains esprits soucieux d’équilibre! J’espère leur transmettre en tous cas autre chose que des peurs, et surtout pas la peur de s’aimer, d’aimer, de créer autour de soi la beauté et l’érotisme, la générosité et le respect, la confiance.

* Note de la ouaibemaîtresse : c’est effectivement à la protection contre le sida et les MST que nous pensions.

3 Comments

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  1. Bonjour. Dommage que votre commentaire date du 2001pcq la j’aurais eu besoin de vous parler et avoir des conseils pour surmonter cette peur pour atteindre le bien etre total. Je suis avec un homme bi que j’aime profondement et je n’ai aucun doute pour son amour pour moi. On a deja eu deux experiences de triolisme nous et un autre homme), quel plaisir de le voir epanoui et qui plus est j’en profite aussi. Mais d’un côté comment être certaine et donc de surpasser cette peur. Peur qu’il préfère faire « l’amour » avec un gars plus qu’avecmoi? Peur que le gars l’excite plus que moi… mais je n’aurai surement jamais de reponse de vous et c’est bien trite et frustrant parce que cela m’aurait beaucoup aidé, surtout que je me suis decouverte l’envie de decouvrir la sensualité d’une femme…

    1. Bonjour,
      Effectivement les protagonistes de ces échanges ne sont plus joignable. Par contre vous pouvez toujours, si c’est possible et que vous avez envie nous rencontrer sur Paris ou Nice. Nous avons une assos amie à Toulouse.
      Pour plus de précision, renseignement je vous propose de passer par les mails.

      Gabriel-le

    2. bonjour crispie je vis la même chose toi, nous pouvons en parler si tu le souhaite

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