La bisexualité existe. Ensemble, défendons-la !

Bi’Causerie du 27 juin : de la bisexualité à la non-binarité

1 – Invitation

Dans le cadre de la quinzaine des fiertés LGBT, et en amont de la Marche de Paris qui aura comme thème central les droits des trans, notre association organise une Bi’Causerie dont le sujet est : de la Bisexualité à la non-binarité.

Dans bisexualité, il y a bi, la notion de « deux ».

Mais les attirances, les philosophies de vie, les progressions individuelles, les identités peuvent-elles se résumer à des raisonnements simples, voire simplistes : c’est l’un ou l’autre ; c’est tout ou rien ; c’est ainsi et pas comme ça.

À Bi’Cause, nous ne voulons pas exclure. Nous avons souffert de rejets parce que l’on nous déniait le droit d’exister en tant que bi.

Alors, la bisexualité implique la diversité, et comme le dit notre Manifeste, elle est un sentiment d’être au monde. Un monde varié où toute personne doit avoir le droit de vivre comme elle l’entend.


2 – De la bisexualité à la non-binarité – canevas Bi’Causerie du 27

 

Les « définitions » de la bisexualité

  • biologique (botanique) : posséder les organes des deux sexes (fin 18e siècle)
  • psychanalytique : la bisexualité innée (Freud, Fliess – Stekel)
  • psychologique : Henry Havelock Ellis 1915 : l’attirance envers les deux sexes

 

La binarité critique de la bisexualité

  • La binarité des deux sexes : la « nature »
  • La binarité de deux genres : le genre, rôle social
  • La binarité : deux types d’attirance hétéro, homo (monosexualités)
  • La binarité de deux attirances « équilibrées » : 50/50

Échelle de Kinsey

Grille de Klein

  • La binarité sexuelle//affective
  • La binarité dans le transsexualisme : avoir tous les attributs (psychologiques et morphologiques, chirurgie comprise) en passant d’un sexe à l’autre

 

La binarité pense épuiser le sujet, et englober le tout. Elle guette en permanence

  • on est soit homme, soit femme
  • soit hétéro, soit homo
  • soit 50/50, soit (en fait) 100/0 ou 0/100 (cf. De Sutter sexologue belge)
  • soit cisgenre, soit transgenre
  • soit en couple fidèle ou exclusif, soit sans construction commune…

 

Mais comment faire :

  • quand on est intersexué (phénomène connu de longue date dans l’Antiquité, les « hermaphrodites »)
  • Réassignation chirurgicale du nourrisson

Norme d’état-civil

  • quand on ne se sent pas conforme aux comportements sociaux de genre
  • Dérision, exclusion, accusation de trahison

Norme sexiste

  • quand on ressent la double attirance
  • Norme monosexuelle (une des composantes de la biphobie)

Transition, non existence de la bisexualité

  • quand cette double attirance emprunte des formes différentes ou non constantes
  • Instabilité, infidélité

Norme psychanalytique datée, stéréotype (une des composantes de la biphobie)

  • quand on considère que la vie sociale dans un genre ne passe pas forcément par tous les attributs du nouveau genre (dont chirurgie)
  • Refus de changement d’état-civil

Norme étatique réactionnaire

  • quand on considère que la relation ne se résume pas au couple de vie maritale
  • Pas de PACS, mariage, droits sociaux,

Norme sociale dominante.

Le propos n’est pas de rejeter tout ce qui est cisgenre, homo, mariage pour toutes/tous, chirurgie plastique, soutien psy… mais de lutter contre une forme de totalitarisme qui génère l’exclusion.

« La bisexualité, davantage qu’une identité elle-même, est une formidable  fouteuse de merde, une délatrice de l’invisible. » (Catherine DESCHAMPS)

La bisexualité n’entend pas, pour Bi’Cause, ériger une nouvelle norme.

Ce n’est pas « hors de la bisexualité, point de salut ».

  • En tant que fouteuse de merde, elle doit accueillir les autres fouteuses de merde : la pan-sexualité, l’a-sexualité, le féminisme, le polyamour…
  • En tant que fouteuse de merde, elle n’a pas le monopole ni la primauté, juste, peut-être, une toute petite longueur d’avance (résolution 1728)
  • En tant que fouteuse de merde, parce qu’elle a vécu et vit le rejet (biphobie), elle est avant tout respectueuse de la personne, de ses aspirations, de ses doutes et quêtes.
  • Cela rend difficile un archétype de bisexuel-le, et même (c’est ma théorie, elle est discutable) une identité bisexuelle.

En revanche cela nous rend sensibles à la prise en compte des diversités même en-dehors de la bisexualité, et crée les conditions objectives de convergences notamment avec les associations LGTQIPA+++

 

Et cela nous permet un plein accord avec le thème central de la Marche 2016.

Supports :

Échelle de Kinsey

Grille de Klein

Manifeste

 


3 – Citations psy lu en début de séance

Sigmund Freud, note de 1915

 » C’est l’indépendance du choix d’objet vis-à-vis du sexe de l’objet, la liberté de disposer indifféremment d’objets masculins ou féminins – telle qu’on l’observe dans l’enfance, dans des états primitifs et à des époques reculées de l’histoire –, que la psychanalyse considère comme la base originelle à partir de laquelle se développent, à la suite d’une restriction dans un sens ou dans l’autre, le type normal aussi bien que le type inversé. Du point de vue de la psychanalyse, par conséquent, l’intérêt sexuel exclusif de l’homme pour la femme est aussi un problème qui requiert une explication, et non pas quelque chose qui va de soi et qu’il y aurait lieu d’attribuer à une attraction chimique en son fondement. »1

 

Wilhelm Stekel, James S. Van Teslaar (trad.), Bisexual Love, Richard G. Badger, The Gorham Press, Boston, 1922, p. 27-29.

C’est un fait. Chaque monosexualité est tout autre que normal ou naturelle. La nature nous a créés en tant qu’êtres bisexuels et attend de nous que nous agissions comme des êtres bisexuels. L’hétérosexuel pur est toujours, dans un certain sens, un névrosé, ce qui veut dire que le refoulement des éléments homosexuels crée déjà une prédisposition à la névrose, ou est, en elle-même un trait névrotique partagé par toute personne normale…

Il n’existe pas d’homosexuel qui ne soit plus ou moins névrosé, cette situation étant due au refoulement de l’hétérosexualité. Le refoulement est un processus psychique pur et n’a rien à voir avec la dégénérescence. L’homosexualité n’est pas un produit de la dégénérescence au sens ordinaire. Il s’agit d’une névrose et présente l’étiologie d’une névrose, comme devrions le prouver par la suite.

p. 39-46.

Tout le monde est à l’origine bisexuel en sa prédisposition. …

J’appelle névrosé la personne qui n’a pas vaincu avec succès les désirs asociaux qu’il perçoit comme non-éthiques. J’appelle désirs asociaux tous les instincts que la société rejette comme étant en conflit avec ses exigences culturelles. Cela montre en soi-même que l’essence de la névrose doit varier selon les différents pays… 

La société tolère seulement une part des instincts, [et] dans une certaine mesure, et met tous les autres hors la loi en tant qu’asociaux. 

p. 49-56.

Mais même durant la toute première période, toutes les excitations libidinales sont clairement bisexuelles. Cette bisexualité perdure jusqu’à la période de la puberté, c’est-à-dire tout au long de ce stade d’indifférence sexuelle, dont Desoir parle également…

L’idéal sexuel des anciens était, clairement, un être bisexuel. La divinité est l’objectif érotique idéal magnifié. Les premières divinités étaient toujours bisexuelles. Il existait soit des femmes avec un pénis soit des hommes à la poitrine féminine. L’aspiration pour l’idéal bisexuel peut être suivie à la trace à travers toute l’humanité. Dans son Banquet, Platon a exprimé excellemment cette aspiration grâce aux fameux mots d’Aristophane.

Friedrich Nietzsche :

Das Christentum gab dem Eros Gift zu trinken: — er starb zwar nicht daran, aber er entartete zum Laster”

Le christianisme a donné à boire du poison à l’amour [érotique]: — il n’est pas mort mais il a dégénéré en vice. 

1 Cité dans http://gaysandgeeks.over-blog.com/article-psychanalyse-et-bisexualite-freud-le-faux-ami-des-bi-63641666.html

 


 

4- Quelques remarques notées lors de la Bi’Causerie du 27/06

— La notion de genre est récente.

— On souhaite une « autonomie de la perception du genre »

— Certaines personnes s’accordent à dire qu’il existe des difficultés à définir ce qu’est un homme et ce qu’est une femme en dehors des codes sociaux et biologiques.

— La notion de genre apparait dans les études universitaires dans les années 90.

— Pour remplacer les « cases » dans lesquelles on est souvent « rangé-e-s », certaines personnes parlent plutôt de « spectre »~ —> Certain-e-s sont donc victimes de plus d’une discrimination : Intersectionnalité.

— On remarque qu’il existe des discriminations de partout, à l’intérieur de la « communauté LGBTIQ++ : Une catégorie de personnes peut en discriminer une autre.

— L’un-e des participant-e-s a découvert la non-binarité grâce à l’heroic fantasy

— Aux débuts de Bi’Cause, on parlait peu de non-binarité mais  » ça se vivait » témoigne ceratin-e-s.

— La question qui revient, chez plusieurs personnes est : comment faire pour se construire « en conflit » avec les stéréotypes dominants ?…

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