La bisexualité existe. Ensemble, défendons-la !

Bi’Causerie – Les hétéros

Compte rendu de la bi’causerie du 09/10/2000 – Les hétéros

Dans les dictionnaires et l’usage :

Au début du 20ème siècle, le terme « hétérosexuel » n’existe pas. Il est apparu juste après le terme « homosexuel ».
On trouve encore en 1985 pour « hétérosexualité » la définition : « forme normale de la sexualité ».
Dans les années 1970, le concept d' »hétéro-flic » est très répandu au sein de la communauté homosexuelle. On y décèle à la fois de la honte d’être homo et de l’admiration envers les hétéros (avec le rêve d’entrer dans la « normalité »).
Mais on sent également de la haine envers de la haine envers les hétérosexuels chez certains homos : image caricaturale du beauf.

 

Qui sont vraiment les hétérosexuels, aujourd’hui ?

Il en existe qui sont mariés mais sont en fait homosexuels : bisexualité en pratique, avec une identité plus homosexuelle.
Il existe également des hétéros aux pratiques momentanément bis, par mode ou pour le jeu.

Au-delà de ces questions classiques d’identité/pratiques, on peut se demander comment ceux que l’on appelle les hétéros se perçoivent, alors qu’ils ne songent pas à s’identifier en fonction de leur propre orientation sexuelle.

« Exemple » d’hétéro : Georges Brassens: dans la chanson « Les trompettes de la renommée », il commence une phrase par « Si comme tout un chacun j’étais un peu tapette… » en prenant ensuite bien soin de préciser… qu’il ne l’est pas. L’ambiguïté entre la tolérance et l’autojustification que l’on trouve dans cette chanson est assez symptomatique.

De nombreux hétéros vivent avec un ensemble de clichés concernant l’aspect et les habitudes typiquement hétérosexuels et surtout concernant ce qui est censé ne pas être hétéro : un homme hétéro ne doit pas porter de vêtements roses, ne doit pas se livrer à certains exercices sportifs réservés « aux filles » (la musculation des fessiers, par exemple…).
Mais les hétéros pâtissent eux-mêmes de ces clichés : par exemple ceux qui justement ne respectent pas ces normes, ou alors les femmes qui aimeraient bien que les hommes prennent davantage soin de leur propre corps au lieu de dire que « ça fait tapette » (de se muscler les fesses, de se parfumer, etc…).

 

Attention aux clichés sur les hétéros !

Mais les homos et les bis ont eux aussi des clichés sur les hétéros : on dit par exemple que dans les couples « classiques », les femmes ne sont pas sexuellement satisfaites. Or une enquête a révélé que 70% des femmes parvenaient facilement à la jouissance.

Certains se plaisent aussi à penser que comme les hétéros n’ont pas choisi d’être hétéros (cf un livre en anglais dont le titre signifie « L’invention de l’hétérosexualité »), ils ne se sont en fait pas rendu compte… qu’ils ne l’étaient pas et sont donc malheureux.

On a peut-être également tendance à plaquer sur les hétéros l’image plus fantasmatique que réelle de ses parents, celle qu’on a conçue à l’adolescence : le père et la mère perçus comme de vieux ringards, contre lesquels il a fallu s’affirmer. (Mais certains ont eu des parents très ouverts d’esprit, qui leur ont justement permis de s’épanouir en tant que bis ou homos en leur conseillant de se construire eux-mêmes.)

A tout cela on peut répondre qu’il existe des hétéros épanouis. Ils n’ont pas choisi d’être hétéros, mais en réalité personne ne choisit totalement son orientation sexuelle.
Si l’hétérosexualité n’était pas satisfaisante pour un grand nombre de personnes, elle ne serait pas si répandue. De fait, elle est nécessaire à la société (sauf en cas de surpopulation, où l’homosexualité est plus utile).
Il s’avère que les hétéros les plus tolérants à l’égard des homos et des bis sont souvent soit des personnes menant une vie classique mais absolument à l’aise dans leur sexualité (par opposition à ceux que l’on appelle « les homos refoulés ») soit des hétéros vivant des formes minoritaires de leur sexualité (sado-masochisme, échangisme, etc…), qui connaissent les difficultés de la marge. Rappelons qu’il existe de multiples façons d’être hétéro comme il y a de multiples façons de ne pas l’être.

Ce qui est intéressant, c’est la relation entre bis et hétérosexuels ou homosexuels.
Chez les bis, on sent à la fois une envie d’être monosexuel (c’est plus simple) et le sentiment de richesse de la bisexualité.
On ressent de l’incommunicabilité avec les deux « communautés » mais il est un peu plus facile de discuter avec les homos (tradition de tolérance).

 

Les normes :

Savoir ce que sont ses désirs n’est pas facile dans certaines familles, il faut rassurer les jeunes or personne ne pense à dire à un jeune qui se pose des questions: « tu es peut-être bi « .

Le système est fondé sur la famille. On est soit dans la norme, amené plus tard à s’apparier avec une personne du sexe opposé et à fonder une famille, soit en dehors de la norme, c’est-à-dire (selon un raisonnement un peu rapide) amené à s’apparier avec des personnes du même sexe, et à ne pas fonder de famille. Tout se passe comme s’il n’y avait pas de 3ème voie en plus de l’hétérosexualité et de l’homosexualité.

La haine biphobe vient très certainement de la peur de la différence. La bisexualité n’est pas seulement hors norme, elle se trouve même en dehors de la marge reconnue bien que peu tolérée, l’homosexualité. La bisexualité se présente donc comme une exception à l’exception.

D’où une question, qui est revenue régulièrement pendant la Bi’Causerie: les bisexuels ont-ils besoin de normes ? Créer une norme bisexuelle, ou utiliser la norme (hétéro) déjà existante, ne serait-ce pas imiter les hétéros dans ce qu’ils paraissent avoir de plus réducteur ?

A ce stade, la discussion est ouverte.

  • Mais nous pouvons tirer quelques conclusions:étant donné l’effervescence observée parmi les participants pendant tout le débat, en particulier autour du sous-thème de la norme (perçue comme une invention hétéro), il est clair qu’en tant que bisexuels nous pouvons difficilement faire l’économie d’une réflexion sur la morale et l’identité ;
  • étant donné les divergences d’opinions sur les hétéros (perçus comme des amis potentiels ou réels, ou perçus comme des personnes particulièrement conservatrices), nous devrions également nous demander à qui s’adresse l’association Bi’Cause: aux bis ou à tous ceux qui se posent des questions sur la bisexualité? Rappelons le projet de transformer l’un des objectifs de l’association, « favoriser les rencontres entre bisexuels », en « favoriser les rencontres AVEC les bisexuels ».

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