Colloque santé LGBT des 9 et 10 mars 2017

Bi’Cause a participé à un colloque international sur la santé des personnes LGBT à Paris les 9 et 10 mars.

Contribution de Bi’Cause sur la santé

 

La santé est définie comme un état de complet bien-être physique, mental et social

On connaît cette définition que donne l’Organisation Mondiale de la Santé depuis 1946.

Nous avons une déformation à Bi’Cause : rechercher les jeux de mots même improbables. Alors, le Bi’en-être, nous portons ce concept, nous le mettons en avant, nous affirmons en permanence de notre attachement à son égard.

Car, déjà, dans Bi’en-être, il y a « être ».

Et nous témoignons que ce n’est pas toujours évident : à la fois confronté·e·s à des « bi, s’abstenir », nous sommes aussi trop souvent, et parfois par les mêmes personnes, relégué·e·s au néant. « La bisexualité, ça n’existe pas », entend-on encore trop souvent. La violence est grande, quand 3 % de la population adulte se définit comme « bi » (enquête IFOP Têtu, juin 2011). La violence est grande même quand les journaux titrent de temps à autre sur « la mode bi ». Une mode, c’est éphémère… « allez, ça vous passera », perçoit-on en filigrane.

Nous sommes également vigilant·e·s à tout guet-à-pan que la société tendrait pour écarter la spécificité de la pansexualité.

Ces assertions, aussi scientifiques que les brèves de comptoir de M. Toutlemonde – qui peuvent parfois être assénées dans des bars du Marais ! -, est-ce pour autant que le milieu médical en est exempt ?

Nous avons reçu à plusieurs reprises des personnes qui s’étaient fait, par le psy qu’elles venaient consulter, rétorquer des stéréotypes, des discours réducteurs, parés des atours du savoir. Quand le soin, l’aide qu’on est venu chercher sont écartés et que s’aggrave le mal-être…

Fort heureusement, nous avons aussi trouvé des professionnel·le·s qui se situent aux antipodes. L’association avec laquelle nous travaillons anime, auprès de nos membres qui en ont besoin, ou de quelques personnes que nous décidons d’aider sur ce plan, un groupe de parole sur la difficulté de vivre et s’assumer comme bi ou apparenté·e, sur les besoins ressentis et exprimés par les participant·e·s..

Mais nous partons aussi du principe que l’augmentation de la visibilité bisexuelle, pansexuelle ou autre, permet de donner confiance, de mieux se situer par rapport aux poncifs pas toujours hostiles mais qui peuvent faire des dégâts. Comme nous l’avons déjà dit et écrit : « à voile et à vapeur ?… de toute façon, on avance ».

Les homosexuels masculins, pour les moins jeunes, ont traversé de rudes épreuves lors de l’épidémie du SIDA. Les lesbiennes ont eu tôt fait de s’affirmer, victimes à la fois du rejet de l’homosexualité et de la dévalorisation des femmes par une société hétérocentrée et sexiste.

Côté bisexuel·le·s, c’est plus compliqué, plus diffus, la solidarité est moins spontanément évidente, ou moins induite par les « coups sociaux » portés à leur encontre. Les associations sont peu nombreuses, ont une histoire plus récente, même si Bi’Cause a fêté en 2017 ses 20 ans. La situation évolue, par exemple avec l’organisation en automne 2012 de la première enquête menée au niveau national sur la bisexualité, puis le lancement en 2017 de l’enquête sur la biphobie, là aussi en inter-associative (Act Up-Paris, Bi’Cause, FièrEs, le MAG Jeunes LGBT et SOS homophobie). Nous pouvons dire que le mouvement LGBT assure de plus en plus l’intervention sur ce sujet, au niveau national comme au niveau local : l’ouverture au thème bisexualité – et maintenant à la pansexualité -, l’intervention, l’accueil d’activités grandissent dans nombre de centres LGBT de région, tandis que Bi’Cause participe au conseil administration de celui de Paris Île de France depuis 2012.

Affirmer cette tendance ne peut faire oublier qu’une partie de la biphobie – idem pour la panphobie – exprimée et/ou ressentie est issue de réflexions ou d’attitudes qui viennent de personnes gaies ou lesbiennes, certaines pouvant reprocher aux bi de pouvoir « se planquer », d’être « facilement dans le moule », voire d’être des « traîtres à la cause » et de « pactiser avec l’ennemi » que représenterait le genre opposé. En d’autres termes, des personnes victimes de discriminations homophobes ouvertes ou latentes se placeraient elles-mêmes dans une position discriminante. Ce « paradoxe apparent », cette inversion de la dynamique inclusive et porteuse de convergence entre composantes du mouvement LGBT (voire « LGBT plus ») est parfois dénoncée par des gais eux-mêmes ou des lesbiennes elles-mêmes, notamment par le biais de commentaires libres dans l’enquête de 2012.

Un effort conséquent doit être fait en matière de prévention VIH IST.

Bi’Cause a édité en 2004 un manuel de prévention, plusieurs fois salué par des activistes dans ce domaine, parce que, conformément à des relations qui peuvent être multiformes, il ouvre un large éventail et tente d’aborder les différentes situations ; la bisexualité, la pansexualité sont diverses, se vivent à tout âge, avec des histoires personnelles extrêmement variées, sans limitation (ou sans considération) de genre, et le manuel est conçu à cette image.

C’est un manuel qui doit être tourné vers l’action : Bi’Cause entend œuvrer pour développer les initiatives communes avec les associations qui ont une expérience en la matière. On peut dégager comme cible, par exemple, de toucher les lieux de drague ou de relations plus ou moins furtives, qui peuvent être fréquentés par des hommes ayant des relations avec d’autres hommes tout en refusant de se considérer comme gay, et même comme bi ; les associations gaies qui interviennent dans le domaine de la prévention, doivent le faire de manière particulière. On peut aussi apporter aux réseaux féministes et aux activistes lesbiennes notre contribution, et l’implication des membres et sympathisantes de Bi’Cause qui le souhaitent, pour la prévention contre le VIH et surtout les IST. Parce que la non binarité est inscrite dans nos gènes, nos réflexions et nos pas nous conduisent à toute proximité des associations trans qui ont beaucoup à nous apprendre sur la questions de la santé des personnes trans – sans oublier les graves entraves à l’intégrité physique et psychique que subissent les personnes intersexes, parfois dès le plus jeunes âge.

Nous entendons à cet égard développer les contacts avec Act Up Paris, AIDES et l’ENIPSE.

Qu’on comprenne bien le sens de la démarche : non, la bisexualité (pareil pour la pansexualité) n’est pas un vecteur d’infection, sous prétexte que nous serions volages (voire « sauterions sur tout ce qui bouge ») ; si l’on met en exergue le respect dû à la·au·aux partenaire·s et le principe absolu du consentement, les pratiques à risque existent dans toutes les catégories de population, et pour toutes les orientations sexuelles et pratiques amoureuses ; en revanche, elles sont très directement influencées par l’estime de soi – ou plutôt la mésestime de soi -, elles risquent de proliférer si la reconnaissance sociale de ces orientations fait défaut ou est insuffisante ; et les faire reculer impose des plans de travail militant spécifiques, dans le sens de l’inclusion des thématiques, et non de stigmatisation de personnes ou d’orientations sexuelles et amoureuses, ou de pratiques ou de philosophie de vie, fussent-elles polyamoureuses ; à cet égard, nous envisageons de lancer une thématique sur la santé sexuelle des personnes bi, pan et autres.

La violence de la négation de l’existence de la bisexualité (et de ses cousines, notamment la pansexualité), peut compliquer singulièrement le processus de conscientisation personnelle, de prise en charge relationnelle, voire d’activités collectives : elle peut fermer certaines portes du mieux-être ou complexifier le cheminement ; le risque ultime et majeur est l’enfoncement dans la dépression et les comportements suicidaires. Les études fines et documentées, dans notre pays, manquent cruellement. Mais il est certain que les personnes bisexuelles ou pansexuelles ont envisagé ou réalisé des tentatives de suicide à une survenance plus importante que les personnes hétérosexuelles, toutes choses égales par ailleurs. Cela est corroboré par les enquêtes menées dans des pays comparables à la France.

La bonne santé physique et mentale, dans notre société hétéronormée, passe aussi par l’efficacité et la concrétisation de Résolutions approuvées par la France, telle que la n° 1728 du 29 avril 2010 adoptée par l’assemblée parlementaire du conseil de l’Europe, et qui, dès son premier article, « rappelle que l’orientation sexuelle est une fraction profonde de l’identité de chaque être humain et qu’elle englobe l’hétérosexualité, la bisexualité et l’homosexualité ». En tirer toutes les conséquences ferait faire un grand pas en avant à la santé des personnes qui se définissent comme bisexuelles ou pansexuelles, sont en recherche, ou ont des pratiques non monosexuelles.

 

Risques de suicide

voir par exemple Jean-Marie Firdion et Éric Verdier 2007 http://www.altersexualite.com/spip.php?article353

Il faut donc faire appel à des enquêtes américaines [23, 42, 14, 30], portant sur des échantillons probabilistes représentatifs de la population générale. Or ces études montrent que, chez les sujets masculins, l’orientation de type homo/bisexuelle est associée de manière significative aux tentatives de suicide. Ainsi, ils ont 4 à 7 fois plus de risques d’avoir fait une tentative de suicide que les hétérosexuels du même âge, de même statut social, etc. Dans le cas des jeunes filles et des femmes bisexuelles et homosexuelles, elles présentent 40 % de risques supplémentaires par rapport aux femmes exclusivement hétérosexuelles.

Ou encore « Risques suicidaires et minorités sexuelles : une problématique récente »

par Beck, Firdion, Legleye et Schiltz https://www.cairn.info/revue-agora-debats-jeunesses-2011-2-page-33.htm Ces premières études (en Amérique du Nord, puis dans d’autres contextes) ont permis de mesurer assez précisément le fort lien existant entre l’appartenance à une minorité sexuelle (gay, lesbienne, bisexuelle, transgenre) et les tentatives de suicide. Les « rapports de risque » (odds ratio) estimés sont élevés : les homo/bisexuels masculins présentent de 2 à 7 fois plus de risque d’avoir fait une tentative de suicide que les hommes hétérosexuels exclusifs ; les femmes homo/bisexuelles présentent de 1,4 à 2,7 fois plus de risque par rapport aux femmes hétérosexuelles (les résultats varient selon le champ considéré, la période sur laquelle porte l’étude, et les variables de contrôle). Tableau 1 – Prévalences des tentatives de suicide en France métropolitaine (au cours de la vie)

tableau colloque santée

Lecture : Dans le Baromètre santé 2005 (Beck et al., 2007), 3,3 % des hommes âgés de 18 à 64 ans déclarent au moins une tentative de suicide au cours de leur vie. Le pourcentage est de 12,5 % parmi les hommes ayant eu des relations homosexuelles exclusives au cours des douze mois précédant l’enquête.