La bisexualité existe. Ensemble, défendons-la !

La disparition d’un gay français pourrait-elle accélérer l’adoption du mariage pour tous à Taïwan ?

Yen-Hsiu

La Marche des fiertés de Taïwan est toujours considérée par les médias internationaux comme le plus grand rassemblement des personnes LGBTQI+ (Lesbiennes, Gay, Bies, Trans, Queer, Intersexes…) en Asie. Cette année, la Marche s’est déroulée le 29 octobre à Taïpei et a rassemblé plus de 80.000 participants taïwanais et étrangers.

Mais l’ambiance de cette 14ème édition était moins festive que les précédentes. La foule était agitée. Les gens étaient anxieux de voir les réels progrès en matière de droits des personnes LGBTQI+, et même de voir cette petite île devenir prochainement le premier pays asiatique à autoriser le mariage pour tous.

C’est d’abord parce que l’adoption du mariage pour tous est la promesse de campagne faite l’an dernier par Tsai Ing-wen (蔡英文), la première femme présidente de Taïwan. Ensuite parce qu’il y a eu une disparition regrettable à la veille de la Marche des fiertés…

Jacques Picoux, agé de 67 ans, artiste, universitaire d’origine française à la retraite, mais aussi cinéphile et traducteur français de plusieurs films taïwanais, est décédé le 16 octobre à la suite d’une chute d’un immeuble de 10 étages de Taïpei. Selon ses proches, il avait sombré dans une grave dépression après la mort de son compagnon et aurait mis fin à ses jours.

Le compagnon de Jacques Picoux, Tseng Ching-chao (曾敬超), avec qui il a vécu 35 ans, est mort d’un cancer. Le couple de même sexe n’étant pas légalement reconnu, M. Picoux n’a pas eu voix au chapitre des décisions médicales cruciales concernant son compagnon à la fin de sa vie. Il n’a pas pu non plus conserver le logement qu’ils partageaient ensemble.

Selon la volonté de Jacques Picoux, les cendres du couple gay ont été répandues ensemble dans la mer au sud de Taïwan.

Cette histoire a bouleversé la communauté LGBTQI+ du pays. Elle a également suscité une puissante vague de sympathie dans la société. Des pétitions ont été massivement signées pour légaliser le mariage de même sexe. La précédente tentative de légiférer sur ce sujet en 2013 avait duré près de deux ans avant d’échouer.

Certes, depuis 2015, les couples du même sexe à Taïwan peuvent se faire enregistrer comme partenaires à Taïpei et 9 autres villes, ce qui leur permettrait de prendre des décisions médicales pour un partenaire, mais à l’heure actuelle, ce n’est pas reconnu juridiquement.

Le 10 décembre, à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’homme, un concert intitulé « Nous ne voulons plus perdre personne. Mobilisons-nous pour l’égalité du mariage» (「讓生命不再逝去,為婚姻平權站出來」) a été organisé devant le bureau présidentiel. Plus de 250.000 participants, y compris des hétérosexuels, des bouddhistes, et des chrétiens, étaient présents pour demander au gouvernement du Parti Progressiste Démocratique (DPP) de respecter sa promesse électorale.

Ce rassemblement avait aussi pour but de lutter contre les opposants au mariage pour tous, provenant de communautés chrétiennes conservatrices, proches des églises évangéliques américaines. Elles ont organisé plusieurs manifestations ces derniers jours avec le prétexte de « défendre les valeurs du mariage et de la famille ». Certes, ces idées réactionnaires proches de celles de la « Manif pour tous » sont peut-être minoritaires dans un pays laïque, sans tradition chrétienne ni catholique, mais ces gens savent faire de la propagande et cherchent la médiatisation.

Le processus législatif est déjà entamé. Taïwan n’a jamais été aussi proche du mariage pour tous. Le 8 novembre, trois propositions d’amendements au Code civil pour l’ouverture du mariage et de l’adoption à des couples de même sexe sont passées en première lecture.

Le 26 décembre, les sympathisants et les militants pro-LGBTQI+ se rassembleront à nouveau devant le parlement où aura lieu l’examen des propositions de loi.

Concert « Nous ne voulons plus perdre personne. Mobilisons-nous pour l’égalité du mariage » du 10 décembre 2016 à Taïpei :

https://drive.google.com/file/d/0B2Lrqb0tNNJAZDY4NTRoQzB5b0E/view?usp=sharing

https://drive.google.com/file/d/0B2Lrqb0tNNJAejk3QUR1WXBXUVE/view?usp=sharing

Liens de référence :

Décès de l’artiste français Jacques Picoux à Taipei

http://taiwaninfo.nat.gov.tw/ct.asp?xItem=248682&ctNode=2248&mp=4

Taiwan: le suicide d’un français pourrait ouvrir le mariage et l’adoption aux homos

http://tetu.com/2016/10/31/taiwan-suicide-francais-mariage-adoption/

Taïwan, avant-poste du mariage gay en Asie

http://www.lemonde.fr/m-moyen-format/article/2016/11/25/taiwan-avant-poste-du-mariage-gay-en-asie_5038151_4497271.html

 

© 2015 Bi'Cause, c/o Centre LGBT Paris-ÎdF, 63 rue Beaubourg, 75003 PARIS, Tel 07 68 01 26 92