La bisexualité existe. Ensemble, défendons-la !

Le gros point noir de la bisexualité, c’est l’invisibilité.

Par François

(propos recueillis par Virginie Ballet pour le journal Libération du 23 septembre 2015)

Ma première expérience sexuelle a eu lieu avec un homme, quand j’avais 16 ans. Ensuite, à partir de mes 17 ans, j’ai eu des histoires avec des femmes. J’étais dans le refoulement: je pensais ne pas être normal, être pervers à cause de mes fantasmes avec des garçons. Je suis resté en couple vingt-six ans avec la même femme, à qui j’ai été marié pendant dix-neuf ans. Pendant cette période, j’avais toujours des fantasmes impliquant des hommes, une envie d’être sodomisé. Je savais que la bisexualité existait, mais je pensais que je fantasmais simplement sur l’homosexualité en raison du plaisir que j’avais ressenti au cours de ma première expérience sexuelle. Pour moi, la bisexualité était tout simplement un autre monde, à l’égard duquel je ne ressentais ni rejet ni honte, mais qui m’était simplement étranger. Au cours de ces années, j’ai stagné, je ne parlais pas de mes fantasmes.

Mon environnement n’était pas propice: je ne fréquentais pas d’homo ouvertement affirmé, et en tant qu’homme vivant dans une relation hétérosexuelle, je ne me sentais pas légitime pour parler de cela. C’est grâce à ma compagne actuelle, avec qui je suis en union libre depuis cinq ans, que j’ai pu me libérer. On en a parlé très ouvertement et sans tabou dès le début de notre relation. C’est cette parole libre qui m’a permis de prendre conscience de ma nature. C’est après ma deuxième expérience homosexuelle (avec un homme rencontré sur internet) que je me suis dit bi, même si je le sentais déjà au fond de moi.

La bisexualité est courante, mais beaucoup de gens, je pense, ne se l’avouent pas clairement, à cause du regard porté par la société: on fonctionne beaucoup en noir et blanc, de manière manichéenne, ce qui fait qu’on nous demande souvent de quel côté on penche le plus. Depuis deux ans, je suis militant LGBT, au sein de l’association Bi’Cause, et en politique. J’affiche clairement ma bisexualité, sur mon blog ou les réseaux sociaux. Dans ma famille, personne ne m’en parle, mais on ne parlait pas de sexualité auparavant. Ma fille de 25 ans est au courant aussi, mais ne souhaite pas s’étendre sur le sujet, plus par pudeur que par rejet. Il y a encore, chez beaucoup de gens, une méconnaissance de la bisexualité, souvent associée à l’infidélité, au libertinage ou à une vie dissolue, des partouzes à tour de bras. Sans doute parce que les bisexuels sont moins visibles que les gays et lesbiennes. Surtout la bisexualité masculine: les femmes ont en quelque sorte l’avantage que cela suscite des fantasmes chez les hommes d’imaginer deux femmes ensemble. En fait, j’ai l’impression qu’en France, beaucoup de gens ne savent pas que la bisexualité existe.

Certes, des personnalités américaines font leur coming-out, et cela permet de prendre un peu plus d’assurance, mais il n’y a pas vraiment d’équivalent français, de personnes assez connues pour faire évoluer cette question de la visibilité. Il faudrait pouvoir libérer la parole sur ce sujet. Le gros point noir, c’est l’invisibilité. C’est elle qui entraîne des problèmes sanitaires, notamment de transmission du VIH, ou fait grimper le taux de suicide. Vous imaginez un gamin de 16 ans qui s’entend dire que sa sexualité n’existe pas, ou que c’est une phase? Cela dit, les choses sont en train d’évoluer doucement: on voit des associations d’homosexuels ou de parents d’homosexuels qui s’impliquent dans notre cause, par exemple. Et puis le phénomène du polyamour, qui est un peu devenu une mode, a aussi facilité une certaine ouverture d’esprit. Cela étant dit, il est important de souligner qu’on peut être bisexuel et monogame.

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