Le 21 juillet 2026
Deux fois, à quelques jours d’intervalle, dans des cercles limités et non publics, Bi’Cause a été amenée à manifester son opposition à Alliance LGB (LGB comme « Lesbienne, Gaie, Bie »).
Pourquoi ?
Regardons le site de cette structure « ni hétéro ni queer » ; quelques citations issues des derniers articles :
- « Une véritable ressource documentaire pour argumenter contre le délire transidentitaire, cette attaque patriarcale sans précédent qui ne dit pas son nom... »
- « Petit bréviaire critique de la novlangue trans. « Une femme trans est une femme »
Il faut entendre ce slogan martelé depuis la tribune du Parlement européen pour se rendre compte de sa dangerosité. Ce slogan ne veut rien dire… sous son aspect logique : une femme xx est une femme, il contient une profonde contrevérité puisque les « femmes trans » ne sont justement pas des femmes, mais des êtres humains de sexe masculin. Le vrai slogan serait donc : Une femme n’est trans que si c’est un homme. Les autres sont des femmes cisgenre. Ce que bien sûr, les propagateurs de l’idéologie trans refusent de reconnaître. » - voir aussi témoignage en annexe
Pour Bi’Cause, il est clair qu’on ne peut se réclamer des droits pour les personnes bisexuelles et biromantiques (disons « bi ») en excluant de manière systématique voire programmatique les personnes trans.
Nous l’avons expliqué de longue date, notamment lors de la contribution « de la bisexualité à la non binarité ».
Dès la première version du manifeste, parue en 2002, nous affirmions être « attirés par des personnes de tout sexe et de tout genre ». Au-delà d’une formulation un peu datée, depuis près de 25 ans, cela signifie bien que :
- notre attirance ne se manifeste pas qu’envers les femmes et les hommes, car les genres ne se limitent pas à cette dualité1 ;
- plus largement, la question du genre n’est pas immuable et rentre dans le champ de nos réflexions.
Quand en 2012, notre (maintenant) ami Christophe Madrolle a été le premier artiste français à faire un coming out pan pansexuel, c’était précisément pour dépasser la binarité de genre.
En 2016, il y a plus de 10 ans, nous préparions déjà l’intégration de cette orientation « pan », devenue officielle l’année suivante dans notre sous-titre et tous nos écrits.
Personne dans ce passé assez récent n’osait avancer des propos excluants tout en prétendant intégrer des personnes bi, au mépris de l’existence de l’association bi « historique » que représente Bi’Cause depuis 1997, date de sa création.
Nous ne sommes pas dépositaires d’un dogme, nous ne refusons pas d’évoluer, preuve en est notre mise à jour de 2016-2017. Mais il est clair depuis plus de deux décennies que toute attitude transphobe est à bannir de nos discours, de nos engagements, du mouvement auquel nous participons.
Nous l’affirmons : nous avons pris à l’époque la bonne direction, et l’avons confortée dans notre rapprochement constant avec les associations, structures et mouvements trans.
Car si l’on veut que les personnes bi et pan soient pleinement reconnues – et il y a encore du boulot, auprès des institutions comme de la société -, si l’on veut que les spécificités lesbiennes de double oppression soient prises en compte partout, si l’on veut que, loin de se croire premières victimes donc prééminents, les hommes gais ne subissent aucun retour de bâton…
… alors il faut se tenir résolument aux côtés des personnes trans (et non binaires), jeunes et moins jeunes, car elles sont victimes depuis plusieurs années de campagnes régressives et réactionnaires odieuses.
Ainsi celles qui :
- prétendent protéger les enfants des « influences pernicieuses du lobby trans », alors que les souffrances des enfants et adolescent·es trans sont niées jusque dans l’existence et l’exercice de leurs droits ;
- ou encore décrètent que les jeunes hommes trans sont en fait des lesbiennes qui choisiraient une expression (« passing ») hétéro pour mieux vivre leurs amours saphiques2 ;
- usurpent le terme de « féministe » pour se définir « radicalement anti-trans » (les TERF puissantes outre Manche, et qui cherchent à s’implanter en France) ;
- ont fait pression (en vain) sur le législateur en 2021 pour que l’identité de genre soit exclue de la loi contre les thérapies de conversion ;
- déversent, sous couvert de lutte « anti-wokiste », leur rejet de tout ce qui concerne les personnes trans, et surtout leur droit à vivre et s’exprimer.
Soyons clair·es : derrière l’acronyme LGB, nous y voyons toute cette campagne, qui, outre Atlantique, a commencé à effacer les références trans pour essayer ensuite de s’en prendre aux bi3.
Mais nous mettons en avant ce qui nous rassure :
- les anti-LGBT n’ont pas leur place dans le mouvement féministe, c’est évident au vu des textes successifs d’appel au 8 mars, au 25 novembre…
- les anti-LGBT, et spécifiquement les anti-trans, sont massivement rejetés par la jeunesse, tant par les jeunes concerné·es que par les sympathisant·es ;
- depuis des années, les affirmations des principales organisations (Inter LGBT4, SOS homophobie, Fédération LGBTI, STOP homophobie…) ne laissent aucune place aux rejets transphobes ;
- le Défenseur des Droits depuis très longtemps, le législateur depuis 2016, les gouvernements qui soutiennent la cause LGBT+ (notamment via la même année la création de la DILCRAH) incluent les discriminations liées à l’identité de genre dans les agissements et propos pénalement répréhensibles :
- quand il a fallu pétitionner au niveau européen pour demander l’interdiction des thérapies de conversion, ce sont plus d’1,128 million de signatures qui ont été récoltées.
Il est donc certain que, malgré les régressions à l’œuvre outre Atlantique, dans notre continent et un peu partout dans le monde, les thèses excluantes, le militantisme de rejet ne sont pas bienvenus dans notre pays. C’est en particulier le cas pour une association qui met en avant une logique anti-trans, tout en se réclamant abusivement des personnes bi.
Bi’Cause est ouverte à toutes les identités de genre, et combat toutes les prééminences (cf. Manifeste des personnes bi, pan et +) ; elle veut changer les choses pour étendre les garanties, les lois, leur application, l’effectivité des droits – pas pour alimenter des retours en arrière. Bi’Cause inclut des personnes qui, de ce point de vue, estiment que notre combat est révolutionnaire.
Ce qui nous unit, à l’interne comme avec le reste du mouvement LGBTQIA+ (mouvement organisé, chercheur·ses, artistes, allié·es…), c’est la conviction qu’une attaque contre une seule des lettres de l’acronyme est en fait une attaque contre nous tou·tes, qu’elle soit portée par des structures prétendument L, G, B…, ou par des personnes affirmant appartenir à nos communautés.
Dans les initiatives de défense et d’amélioration des droits, il n’y a pas de place pour celles et ceux qui veulent les restreindre !
Paris, le 21 juillet 2026
annexe (extraits d’un -long- témoignage transphobe, site Alliance LGB)
« Tout le monde peut constater que, dans des réunions publiques, les hommes se sentent autorisés à prendre la parole alors que les femmes ont tendance à écouter et se taire, et ont plus souvent besoin d’être sollicitées. Surtout que ces hommes transidentifiés se prétendaient victimes de transphobie. En plus de l’entrisme au VDF, l’association des femmes âgées Les Sénioritas a été exclue du centre [LGBTQIA+ de Paris et d’IdF] car elle savait différencier les hommes des femmes et voulait rester en non-mixité… Exaspérée par cet entrisme, j’ai signé une tribune …J’ai reçu le 26 octobre 2022 [un] courrier…
L’accusation de transphobie et de violence contre les personnes arrivent [sic] très vite face à toute remarque concernant le sexe des individus se prétendant femmes. Un homme se prétend femme lesbienne, mais je sais et je dis que l’individu en face de moi est un homme attiré par les femmes, donc hétéro. Puisqu’il refuse de reconnaitre la spécificité des femmes aimant les femmes puisqu’il prétend appartenir à ce groupe, il est donc homophobe, voilà ce qu’on me repproche [sic] d’affirmer.
De toute évidence, j’étais contre la doxa. Il faut comprendre l’incroyable dissonance cognitive que je ressentais lors qu’un [sic] individu de sexe masculin se prétendait femme et que l’on me demandait d’approuver et de défendre cette énorme dystopie.
Je ne suis pas seule dans mon cas. Un [sic] autre militante a été exclue du planning familial car elle refusait d’approuver l’idée « d’homme enceint ». Au sein des partis politiques de gauche, dans les associations féministes, la purge contre les femmes réalistes a été très violente.
… après 28 ans de militantisme et de bénévolat, j’ai quitté cette structure misogyne… Moi, lorsqu’un homme dit : « Je suis une femme », je sais qu’il ment.
1Voir Ann Fausto-Sterling, les Cinq Sexes, 1993, et les Cinq Sexes revisités, 2000
2Lettre de juillet 2022 adressée à Mme Borne, alors première Ministre, et notamment pilotée par Marie-Jo Bonnet
3 https://bicause.fr/campagne-bicontretrump/
4Inventeuse du mot d’ordre « mon corps, mon genre, ta gueule ! »
