Appel pour la Journée Internationalité Bi+

BiPan+ rassemblé·es pour notre visibilité

Nous, personnes Bi Pan + ou en questionnement, que nous soyons trans, non-binaires, cis, racisées ou non, ace, aro, en couple, célibataires, monogames, polyamoureuses, handicapées, valides, jeunes, âgées, nous revendiquons notre fierté d’être nous-mêmes, membres de la communauté Bi Pan +, notre fierté d’exister sans devoir nous cacher, ou cacher des parties de nous-mêmes et sans être effacé·es par celleux qui nous voudraient dans leur norme.

Nous sommes réuni·es lors de cette Journée Internationale de la Bisexualité, de la Visibilité Bi+ ; nous pouvons nous voir et nous reconnaître, échanger et vibrer ensemble. La plupart du temps, nos orientations sexuelles et affectives sont partout, mais visibles nulle part, sans espace et sans pouvoir. Souvent présumées autre chose qu’elles-mêmes, souvent rabattues sur ce qu’elles ne sont pas.

Ce système qui nous efface s’appelle le monosexisme. Il désigne l’ensemble de préjugés selon lesquels on ne peut aimer qu’un seul genre, qu’on est soit hétéro, soit gay, soit lesbienne. Il s’inscrit plus largement dans l’obligation de se conformer à une binarité sexuelle et de genre, et exclut notamment toutes les personnes asexuelles et aromantiques. Les pouvoirs publics ont jusque-là conforté ces préjugés.

Nous, les bi·es, les pans, les personnes en questionnement, on est toujours trop queer pour une société hétérosexiste, trop hétéros pour encore trop de gays et de lesbiennes.

Nous naviguons entre discrimination, fétichisation et invisibilisation dans les milieux hétéros, et exclusion de certains milieux gays et lesbiens.

Alors depuis des dizaines d’années on clame haut et fort : la bisexualité n’est pas une phase, elle n’est pas une mode, elle n’est pas un fantasme hétéro, elle n’est pas une honte de son homosexualité. La bisexualité est là sous vos yeux depuis toujours.

Dans les années 90, les militant·es bi·es ont dû revendiquer ce droit à la visibilité en même temps que les militant·es trans au sein de la communauté queer, pour que les lettres B et T soient ajoutées au sigle LGBT – alors que les bi·es et trans étaient présent·es et fièr·es dès Stonewall en 1969, dès les premières Pride en 1970 ! Notre présence ne doit plus être effacée au risque de nous exclure, comme c’est le cas de façon plus ou moins volontaire par l’usage du sigle TPG (TransPédéGouine). C’est également le cas pour les personnes ace et aro dans une société encore pétrie de discours normatifs psychiatrisants.

Cette invisibilisation n’est pas anodine : elle nous détruit en nous isolant les un.es des autres. Statistiquement, les personnes Bi Pan ont des taux plus élevés de dépression et d’anxiété que les personnes gays et lesbiennes. En tant que personnes bi+, nous sommes moins payé·es, plus victimes de violences physiques et sexuelles, quel que soit notre genre, et d’autant plus pour celleux d’entre nous qui ont soi-disant le privilège d’être dans des relations présumées hétérosexuelles.

En France, trop de demandeur·euses d’asile bipan ne sont pas reconnu·es en danger pour leur orientation sexuelle et sont renvoyé·es dans des pays où iels peuvent risquer la mort. Ces discriminations sont d’autant plus importantes pour celleux parmi nous qui sont trans, racisé·es, pauvres ou handicapé·es.

Ainsi, dans un contexte d’aggravation des logiques réactionnaires, répressives, régressives, capitalistes, où les inégalités sociales et l’inflation s’accentuent, où le désastre écologique a déjà lieu, où des génocides sont commis, et où les discours fascistes se font de plus en plus audibles, beaucoup parmi nous sont de plus en plus vulnérables.

Avec la montée en puissance des idées racistes, fascistes, antisémites, LGBTQIAphobes et anti-féministes, nos solidarités Bi Pan et plus largement LGBTQIA+ doivent se renforcer pour ne laisser aucun·e d’entre nous derrière, pour qu’aucune idée transphobe, putophobe, sérophobe, raciste, xénophobe, sexiste, spéciste, validiste, âgiste etc., ne vienne détruire nos solidarités, pour que les oppressions soient pleinement combattues. Sans le soutien de toutes les communautés, les personnes Bi Pan et + sont isolées et courent d’autant plus de risque pour leur santé et leur sécurité.

Notre visibilité est essentielle à une véritable révolution queer pour détruire les hiérarchies de genre et de sexualité.

La bisexualité/pansexualité que nous défendons est politique.

Elle est une remise en question radicale de l’hétéropatriarcat et du mythe de la binarité de genre. Elle est un appel à s’aimer dans la pluralité, à faire communauté entre queer, et même à faire famille autrement.

Elle est un appel à cultiver nos solidarités et à mutualiser nos ressources pour combattre les logiques individualistes mortifères qui nous dressent les un·es contre les autres au sein d’une société capitaliste.

Elle est un appel à jouir de nos corps et à nous aimer sans entrave et sans domination. Ce n’est pas seulement pour nous que nous luttons, mais pour l’autonomie sexuelle de tous·tes, la possibilité pour chacun·e d’une vie sexuelle et affective sans contrainte, sans peur et sans honte. Ce combat doit s’accompagner d’une lutte sans relâche contre les violences et harcèlements sexistes et sexuels et les agressions pédophiles et incestueuses.

Elle est un appel à la fluidité sexuelle, à la liberté d’exister dans la diversité, au droit d’essayer, au droit de changer d’avis, au droit de refuser de choisir.

Elle se veut féministe, elle est un appel à ne plus hiérarchiser les personnes en fonction du genre, mais à aimer à l’encontre du patriarcat et des catégories qui divisent et conditionnent nos désirs.

Elle est un appel à aimer tous les corps, et surtout les corps qui n’entrent pas dans les normes, en commençant par le nôtre.

Elle est un appel à aimer dans le respect de l’intégrité et du consentement de chacun·es, avec ou sans sexualité, et aussi un appel à cultiver nos amitiés.

Nous formons une communauté Bi Pan + qui grandit de jour en jour et dont nous sommes fièr·es de faire partie.

Dans un contexte politique inquiétant, à l’approche des élections présidentielles et législatives et alors que l’extrême droite et ses idées sont de plus en plus fortes, en cette rentrée, nous voulons que nos colères se transforment en fierté, en détermination, en révolution !

Revendications

Nous, le collectif BI PAN Paris, l’association Bi’Cause, le collectif les BiSextiles, le Front d’Action Bisexuel, l’Inter LGBT, le Centre LGBTQIA+ de Paris et d’Île-de-France, STOP homophobie et la participation de toute structure ou personne qui souhaitera s’y associer, voulons :

  • La formation des magistrats concernant la situation des personnes Bi Pan + devant la justice et notamment des demandeur·euses d’asile bisexuel·les et pansexuel·les.
  • La réelle mise en place de séances d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle qui incluent nos orientations Bi Pan +, et une éducation au consentement à tous les niveaux scolaires, avec des moyens humains et matériels dédiés.
  • Des ressources et des espaces pour la santé sexuelle et la santé mentale des personnes Bi Pan + sur tout le territoire.
  • Une meilleure représentation des personnes Bi Pan + dans les productions culturelles et la lutte contre les stéréotypes et la fétichisation sexuelle que nous subissons encore trop.
  • L’inclusion des personnes Bi Pan + dans les espaces queer sans mettre en doute leur sexualité et sans les catégoriser comme seulement allié·es, la sensibilisation des espaces queers à la biphobie et à la panphobie.
  • La traduction en français d’études scientifiques et d’essais indispensables à la culture bi pan.
  • La réalisation d’études scientifiques spécifiques aux personnes Bi Pan +, sur leur santé sexuelle, leur santé mentale, l’impact de l’invisibilisation, et leur diffusion au grand public.

Retrouvons-nous lors d’événements, agissons, réagissons sur les réseaux sociaux pour :

  • Conquérir le droit de cité des réalités bi pan plus à tous les niveaux de la société.
  • Faire intégrer nos vies, nos revendications par le reste des communautés lesbiennes et gays
  • Appeler à un soutien le plus large possible.
  • S’affirmer dans la rue et réussir cette année une marche extraordinaire.
  • Assurer le succès des évènements dédiés à nos communautés.

Nous appelons les personnes et structures à soutenir ce Manifeste, et à accepter de rendre publique leur signature

Les signataires :

  • Bi’Cause
  • Bi Pan Paris
  • Le Front d’Action Bisexuel
  • Les Bisextiles
  • L’Inter LGBT
  • Centre LGBTQIA+ Paris IdF 
  • STOP homophobie